Congé création d’entreprise : 24 mois d’ancienneté pour tester son projet sans démissionner

Le congé pour création ou reprise d’entreprise permet à un salarié du secteur privé de tester un projet entrepreneurial sans démissionner immédiatement. Il peut prendre la forme d’une absence totale ou d’un passage à temps partiel. Le contrat de travail est conservé, ce qui offre une solution de retour si l’activité ne se développe pas comme prévu.
Le congé création d’entreprise : une parenthèse encadrée, pas une rupture
Ce dispositif libère du temps pour créer ou reprendre une entreprise, préparer une offre commerciale, rencontrer des financeurs ou assurer les premiers mois d’exploitation. Il ne rompt pas le contrat de travail. Celui-ci est suspendu pendant un congé total, tandis qu’il se poursuit avec des horaires réduits en cas de temps partiel. À la fin de la période, le salarié peut demander à reprendre son emploi ou choisir de démissionner.
Quiz : Congé pour création d'entreprise
Le congé est, par défaut, accordé pour une durée maximale de 1 an. Il peut être renouvelé une fois, soit pendant 1 an supplémentaire, sauf si un accord d’entreprise, de groupe ou de branche prévoit des dispositions plus favorables. Avant toute démarche, il faut donc consulter la convention collective applicable, généralement indiquée sur le bulletin de paie.
Congé total, temps partiel ou démission : trois choix différents
| Option | Situation du contrat | Revenu salarié | Retour dans l’entreprise |
|---|---|---|---|
| Congé total | Contrat suspendu | Pas de rémunération versée par l’employeur | Possible à la fin du congé |
| Temps partiel pour création | Contrat maintenu avec horaires réduits | Rémunération proportionnelle au temps travaillé | Retour au temps plein selon les modalités applicables |
| Démission | Contrat rompu | Plus de salaire après le préavis | Pas de droit à la réintégration |
Le temps partiel convient à un projet qui peut avancer progressivement, tout en conservant une partie du salaire. Le congé total est plus adapté lorsque le lancement exige une disponibilité complète, par exemple pour reprendre un commerce ou traverser une phase de démarrage intensive. La démission, elle, met fin au contrat et supprime le droit à la réintégration.
Vérifier son éligibilité avant de fixer une date de départ
En l’absence de règle conventionnelle différente, le salarié doit justifier d’une ancienneté d’au moins 24 mois, consécutifs ou non. Cette durée peut être appréciée dans l’entreprise ou, selon la situation, au sein du groupe auquel elle appartient. Un accord collectif peut prévoir une ancienneté inférieure ou des formalités plus favorables.
Congé pour créer ou reprendre une entreprise — Découvrez les conditions et modalités pour obtenir un congé à temps plein ou partiel afin de développer votre projet entrepreneurial.
Il faut également ne pas avoir bénéficié, au cours des 3 années précédentes, d’un congé ou d’un temps partiel pour création ou reprise d’entreprise, ni de certains congés liés à un projet entrepreneurial. Cette condition limite la répétition d’absences longues au titre du même dispositif.
La cohérence du projet compte aussi
La demande doit porter sur une création ou une reprise réelle et préciser l’activité envisagée. Le congé n’a pas vocation à financer une simple période d’interruption sans projet professionnel défini. Le salarié reste tenu à une obligation de loyauté, de discrétion et, le cas échéant, de non-concurrence envers son employeur. Le lancement d’une activité directement concurrente peut donc créer un litige, même lorsque le contrat est suspendu.
Avant de demander le congé, il est utile d’identifier les périodes où la présence du salarié sera décisive : immatriculation, négociation d’un bail, reprise de stock, recrutement ou première campagne commerciale. Cette analyse permet de choisir entre le temps partiel et le congé total. Elle évite aussi de réserver une année entière sans calendrier ni charge de travail réaliste.
Déposer une demande formelle et sécuriser les délais
À défaut d’accord collectif prévoyant d’autres modalités, la demande doit parvenir à l’employeur au moins 2 mois avant la date de départ souhaitée. Une lettre recommandée avec avis de réception ou une remise en main propre contre décharge permet de conserver une preuve de la notification et de sa date.
Les mentions à intégrer dans le courrier
Le courrier doit être suffisamment précis pour éviter toute ambiguïté. Il faut indiquer le souhait de bénéficier d’un congé total ou d’un passage à temps partiel, la date de départ, la durée demandée et la nature de l’activité créée ou reprise. En cas de temps partiel, précisez aussi la quotité de travail souhaitée et, si possible, sa répartition dans la semaine ou sur le mois.
- Vérifier l’ancienneté acquise et les règles de la convention collective.
- Choisir une date de départ compatible avec le délai de prévenance de 2 mois.
- Conserver une copie datée de la demande et de son justificatif d’envoi.
- Anticiper le budget, car le congé total n’est pas rémunéré.
- Préparer le scénario de retour avant le départ.
Pour vérifier les règles applicables et leurs évolutions, consultez la fiche de Service-Public.fr sur le congé pour création ou reprise d’entreprise. Cette ressource doit être lue en complément de l’accord collectif applicable dans l’entreprise et de la convention collective mentionnée sur le bulletin de paie.
Acceptation, report ou refus : ce que l’employeur peut décider
L’employeur dispose en principe de 30 jours à compter de la réception de la demande pour répondre. Son accord peut porter sur le congé total ou sur le temps partiel demandé. Sans réponse dans ce délai, la demande est considérée comme acceptée.
Un report limité pour préserver l’organisation
L’employeur peut reporter le départ pour limiter les absences simultanées ou lorsque le calendrier risque de désorganiser le service. Ce report ne peut pas dépasser 6 mois. Il ne met donc pas fin au projet du salarié, mais décale sa date de lancement et les engagements pris auprès de partenaires, de financeurs ou de fournisseurs.
Le refus est possible dans un cadre précis
Dans les entreprises de moins de 300 salariés, l’employeur peut refuser la demande s’il estime que l’absence aurait des conséquences préjudiciables pour la bonne marche de l’entreprise. La décision doit être motivée. Le comité social et économique peut être consulté lorsque les règles applicables le prévoient.
En cas de désaccord sur le refus ou le report, le salarié peut envisager une contestation devant le conseil de prud’hommes. Il doit alors réunir les courriers échangés, la preuve de la demande et les éléments relatifs à son ancienneté, à la date de départ souhaitée et à l’organisation invoquée par l’employeur.
Préparer la période sans salaire et le retour à l’emploi
Pendant un congé total, la rémunération est suspendue puisque le travail n’est pas exécuté. Certains droits et prestations sociales peuvent toutefois être maintenus selon leur nature et les textes applicables. Le salarié peut aussi examiner les possibilités offertes par son compte épargne-temps, le déblocage de la participation ou du plan d’épargne entreprise, ainsi que le report de congés payés lorsque les conditions sont réunies.
Ces solutions doivent être vérifiées avant le départ, car elles dépendent des règles applicables dans l’entreprise et de la situation du salarié. Le congé total suppose notamment de prévoir les dépenses personnelles, les charges liées au projet et l’absence de salaire pendant la période concernée.
Une clause d’exclusivité peut, dans certaines situations, être temporairement écartée pour permettre la création ou la reprise d’entreprise. Cette exception ne supprime pas l’obligation de loyauté. La transparence sur les conflits d’intérêts, la protection des informations confidentielles et l’absence de détournement de clientèle restent nécessaires.
Réintégrer son poste ou tourner la page
À l’issue du congé, le salarié peut revenir dans l’entreprise. Il doit alors être réintégré dans son emploi précédent ou dans un emploi similaire, avec une rémunération au moins équivalente. Il est préférable d’informer l’employeur de son choix avant la fin de la période, en respectant le délai applicable, pour organiser les conditions concrètes du retour.
Si le projet devient viable et que le salarié souhaite s’y consacrer définitivement, il peut démissionner à la fin du congé. Le congé création entreprise permet ainsi de différer cette décision. Pendant plusieurs mois, le salarié peut mesurer la traction commerciale et la stabilité financière de son activité avant de renoncer à son emploi.